Même si la
charte des surfeurs leur recommade de porter secours à des nageurs
en détresse, passer à l'acte demande du courage "et
le rescapé que je suis souhaite leur donner ce coup de chapeau".
En fin d'après-midi de cette journée
passée sous
un temps radieux, l'océan paraissait calme à la plage de
Bidart, la baignade tentante pour un touriste venu passer quelques jours
dans le Pays-basque. Obligé de nager pour ne pas me refroidir
dans cette eau plutôt fraîche, mais je suis très vite
essoufflé à cause d'un cœur âgé fatigué et
assisté et je veux reprendre pied. Mais stupeur car déporté par
le courant (ce que je suppose) j'avais perdu pied. En une seconde tout
bascule, l'inquiétude m'envahit, j'essaie de nager pour rejoindre
le rivage, de toutes mes faibles forces mais n'y arrive pas, au contraire,
j'ai l'impression de m'en éloigner. Je m'épuise, fait des
signes de détresse vers le plage.
Mon amie qui ne m'a pas quitté des yeux comprend alors qu'il
se passe quelque chose d'anormal. J'ai maintenant beaucoup de mal à nager,
complètement épuisé, boit plusieurs tasses; l'angoisse
est là et je commence à penser que je vais y rester.

Et puis je vous aperçois, mon premier sauveteur bénévole, à quelques
mètres, avec votre planche, vous me criez:"tenez bon, j'arrive";
votre visage restera gravé dans ma mémoire. Votre planche
est vraiment ma planche de salut, je m'y accroche et vous ne pouvez deviner
le soulagement que j'ai ressenti à ce moment là; un second
sauveteur bénévole vous a suivi et nous rejoint. Vous faites
signe, après avoir commencé à me ramener, à un
couple de surfeurs qui viennent nous rejoindre et tous ensemble vous
parvenez après beaucoup d'efforts, à me ramener au rivage.
Je me remets petit à petit, vous restez près de moi, attentifs.
Je suis groggy, hébété, épuisé, plus
dans la réalité, et nous nous séparons quelques
instants après sans que j'aie la présence d'esprit de vous
remercier aussi chaleureusement que je le pensais.
Nous sommes revenus le lendemain, à la même heure, au même
endroit, remis de mes émotions de la veille, avec l'espoir de
vous retrouver et vous dire combien je vous suis reconnaissant. En vain…
Pour votre courage et votre abnégation en allant porter secours à un
inconnu, pour votre gentillesse et votre discrétion quand je récupérais
près de vous, pour m'avoir j'en suis certain maintenant sauvé la
vie, mon amie et moi de tout cœur nous vous disons merci.
François GETTLIFFE
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